Jusqu’aux derniers jours de la guerre, les nazis n’ont cessé de convoyer des cargaisons humaines vers leurs destinations fatales
Il y a soixante ans, les Alliés découvrent toute l’horreur des camps. Celle-ci grandit d’autant la lutte des résistants, syndicalistes et militants antifascistes, jusque dans la déportation.
Le 27 janvier 1945, les troupes soviétiques s’emparent du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, mais il faudra attendre le 25 avril 1945 pour que la jonction des troupes anglo-américaines et soviétiques soit effective à Torgaü avant la libération des autres camps de l’univers concentrationnaire. Le 11 avril 1945, les Américains entrent à Nordhausen (Dora), en Thuringe. Le général Einsenhower rassemble les correspondants de guerre devant des monceaux de cadavres et déclare : “Les soldats américains se demandent parfois pourquoi ils combattent, maintenant, ils sauront pourquoi.”
Les résistants, et parmi eux de nombreux syndicalistes, ont poursuivi la lutte contre les nazis dans les camps. Les premiers à continuer à dire non aux nazis, malgré les tortures et la mort promise, furent les déportés allemands (souvent des résistants déportés dès 1933 à Sachsenhausen, Lichtenburg ou Dachau, puis transférés à Buchenwald dès sa création en 1937), antifascistes communistes ou socialistes. Walter Bartel, à Buchenwald depuis 1939, fut le chef du Comité international clandestin jusqu’à la Libération. Marcel Paul, résistant communiste, déporté à Auschwitz, puis à Buchenwald en 1944, et le colonel Frédéric-Henri Mahnès – l’adjoint de Jean Moulin – furent les dirigeants français (1) de ce comité.
Auteur de la préface du livre de Pierre Durand, Les Français à Buchenwald et à Dachau, Marcel Paul écrivait : “Rejetant la débrouillardise individuelle, immorale et au demeurant inefficace, nous ne pouvions nous appuyer que sur la solidarité, le soutien mutuel, l’aide apportée aux plus jeunes, aux vieillards, aux malades, aux désespérés. C’est à partir de cette volonté, née des profondeurs de la détresse, que s’est créée dans les camps de la mort, dès leur naissance, la première forme de l’organisation clandestine. Il y a eu dans ce domaine des gestes bouleversants (le mot est insuffisant) : de la soupe collectée par cuillère dans les gamelles de ceux qui eux-mêmes mouraient de faim et cependant consentaient ce lourd sacrifice pour sauver plus faibles qu’eux ; le vol au péril de la mort, jusque dans les magasins SS, de pommes de terre, de légumes, de sucre, de linge… L’ombre de la potence planait… et préalablement celle de la torture…” Marcel Paul poursuit : “C’est grâce au colonel Manhès, à l’expérience qu’il avait acquise auprès de Jean Moulin, à son immense courage politique, que les difficultés initiales furent surmontées.”
Le fascisme, ce ventre encore fécond d’où est sortie la bête immonde selon Bertold Brecht, ne doit pas franchir les étapes qui le conduisent au pouvoir. L’historien américain Robert O. Paxton en établit cinq : la création des mouvements, leur enracinement dans un système politique fragile, comme en Italie, la conquête du pouvoir, facilitée par les élites traditionnelles, y compris en Allemagne, puis l’exercice du pouvoir. C’est là qu’il y a adaptation et abandon d’une partie de l’idéologie pour gouverner avec la complicité des élites, des partis conservateurs, car les fascistes ne sont pas capables de gouverner seuls. La dernière étape est la radicalisation, qui peut être extrême comme pour le nazisme. Plus jamais ça…
(1) La Zone grise, la résistance française à Buchenwald, par Olivier Lalieu. Préface de Jorge Semprun. Taillandier.
Pierre Michaud
Marcel Paul, déporté à Auschwitz et Buchenwald
Henri Bougeard, livré aux Allemands et fusillé
André Bréchet, condamné à mort par la Section Spéciale et exécuté
Anne Lauvergnat, déportée à Ravensbrück
Frédéric Chazottes, tué au cours d’une attaque
Georges-Louis Verbeurgt, otage fusillé
Georges-Michel Verbeurgt, fusillé
Lucien Ferrand, fusillé
Maurice Ferrand, mort en déportation
Fernand Flaujac, mort en déportation
Jean Duflot, mort en déportation à Mauthausen
Maurice Etheve, fusillé
René Guignabel, résistant
Jules Auffret, fusillé à Châteaubriant
Georges Parent, résistant
Victor Recourat, fusillé au Mont-Valérien
Raymond Boyer, mort au combat
Juliette Patey, déportée
Louis Boulanger, mort en déportation
Raymond Cousin, décapité à Cologne
Marceau Flandre, mort au combat
Corentin Cariou, fusillé
Henri Fillet-Coche, mort au combat
Paul Jourdheuil, fusillé au Mont-Valérien
En modeste hommage à nos collègues résistants, la CCAS a donné leurs noms à ses rassemblements sportifs nationaux.
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