ccas.frArticle : "Séjour « Bronze » à Auberville"

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Séjour « Bronze » à Auberville

ccas.fr • en ligne le 19 Juin 2008

Donner forme à la matière durant le séjour

Donner forme à la matière durant le séjour "passion" "Techniques du bronze à la cire perdue", à Auberville (Calvados). • photo: t.morel/ccas

Du 25 au 31 mai 2008, le Centre de vacances d’Auberville a accueilli le séjour "Techniques du bronze à la cire perdue". Reportage.

Mais que peut-il y avoir en commun entre le tri savant d’un bric à brac de bouts de métaux, vieux robinets et autres chutes de plomberie, d’une part et de superbes sculptures de bronze de l’autre ? Réponse : un savoir faire millénaire des arts du feu, mis en œuvre durant un séjour « Passion » à la CCAS, entre les 25 et 31 mai, à Auberville, en Normandie.

Point d’orgue de la semaine, une vingtaine d’œuvres est exposée sous les poutres centenaires de la Salle d’activité. Joliment mise en lumière et en espace, la production des douze bénéficiaires du séjour « bronze » n’a rien à envier à des expositions plus cotées. Sous la conduite d’un sculpteur bronzier Burkinabé, ils et elles ont mis en œuvre des techniques ancestrales pour transformer du métal de rebut en œuvres d’art.

Moins de 48 heures auparavant, ces œuvres n’étaient encore qu’un amoncellement de métaux inertes voué au rebut et à l’oubli. Ce soir, ces sculptures suscitent l’admiration légitime de celles et ceux qui les contemplent. Mais réaliser cette transmutation, n’a pas été sans surprise, tant les arts du feu conservent jalousement leur mot à dire. En guise de passeur, les douze bénéficiaires ont pu s’appuyer sur l’envie de transmettre de Serge, agent détaché encadrant le séjour, et de Noufou Sissao, artiste bronzier fondeur originaire du Burkina-Faso.

Le procédé, pas à pas
Tout d’abord, il s’agit de créer sa sculpture. Le matériau utilisé sera de la cire d’abeille ou de la cire à cacheter, travaillée avec des outils chauffés. Ensuite, mouler cette œuvre avec un matériau réfractère, soit en plâtre, soit en banko. Cette technique africaine utilise de l’argile grossière, mélangée à du sable et de la toile de jute coupée à la hachette en petits morceaux. Cet ingrédient étant peut-être LE secret de la résistance mécanique des moules traditionnels. Lors du coulage du bronze, un moule de plâtre a cassé alors qu’aucun de ceux en banko n’a rompu. Mystère et persistance des techniques ancestrales, sans doute.

Sans attendre son séchage complet, le moule va être cuit en deux temps sur un lit de bois bien sec. Porté à environ 70 degrés, il va se débarrasser de sa cire. Celle-ci s’échappe en flammes jaunes ou s’écoule dans un léger bouillonnement par les canaux de coulage par l’orifice où sera versé le métal en fusion. Le bronze prend alors la place de la cire, créant ainsi la sculpture. « Le coulage est un moment émotionnel très très fort » nous confie Serge, l’Agent détaché qui encadre le séjour. De fait, la mise en oeuvre matérielle et manuelle de ce procédé est, dans son principe, confondante de simplicité. L’aide apportée par Noufou, Serge et les autres stagiaires déjà initiés doit permettre de reproduire à peu de frais le geste millénaire et ancestral du fondeur.

Impatients de découvrir leurs pièces
Reste qu’une fois la coulée effectuée, l’impatience de découvrir ses pièces est plus forte que la chaleur résiduelle du moule. Chaussés de gants et à coup de marteaux, le plâtre ou le banko, est cassé, laissant petit à petit apparaître la pièce. Les mains et les pantalons sont maculés de plâtre. Les visages aussi mais ils s’ornent de larges sourires. Soulagé, Serge lache un "globalement, ils sont contents", aussitôt corrigé par un stagiaire "Non, plus que cela. Heureux."

Brutes, les œuvres, encore en devenir, doivent encore être débarrassées des canaux de coulée et autres bavures. Soit dans le vacarme des disqueuses soit à la lime ou au burin, et surfacée à la toile émeri. Les acides entreront alors en scène pour obtenir une patine à chaud ou à froid. Dans toute la noblesse du bronze, la pièce est alors terminée et prête à être exposée. Mais ce n’est pas la fin de l’histoire, car au-delà de la fonte du métal, bien d’autres choses ont circulé durant le séjour.

Vivre et faire vivre les diversités
Décidemment partageur, et après avoir joint le geste à la parole durant la journée, Noufou a bien volontiers parlé, montré des photos et joué la musique de son pays. Des traditions, des croyances (le poulet sacrificiel pour assurer une bonne fonte), de l’architecture ou du quotidien Burkinabé. Moments d’échanges privilégiés où, au-delà du bronze et de sa fonte, la rencontre de l’autre, de sa culture, de son vécu se produit tout aussi naturellement que la coulée du métal en fusion.

Découvrir ses aptitudes artistiques alors que l’on était «juste venu pour la technique», transformer la matière pour, au final, se révéler aussi, parfois, un peu à soi-même. Tout l’objet des séjours «Passion».

 Emmanuel Colonnier

 

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