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"Visions sociales": Rencontre avec Agnès Varda, réalisatrice

ccas.fr • en ligne le 18 Mai 2004

Agnès Varda, marraine de "Visions sociales"

Agnès Varda, marraine de "Visions sociales"

Marraine de la sélection « Visions sociales » 2004, Agnès Varda est "entrée en résistance en 1954". Photographe, réalisatrice, globe-trotter, elle parcourt la société en dehors des sentiers balisés…


ccas.fr : Pourquoi avoir accepté de parrainer cette manifestation ?

Agnès Varda : ça me fait plaisir de me joindre à un programme où il est question d’utiliser le cinéma comme matière à réflexion. De plus, Cannes, ce merveilleux festival, est agité cette année par les problèmes de la profession. Cannes est un lieu de débats. Concernant mon métier, je dirais que ce n’est pas de faire des documentaires sur le social ou le réel qui est important, c’est de trouver une forme agréable, intéressante, voire amusante qui permette de poser sérieusement des questions.

ccas.fr : « Les glaneurs et la glaneuse » est votre dernier film. Il pose en débat la place des exclus dans une société riche et industrialisée.

Agnès Varda : Mon film « Les glaneurs et la glaneuse » traîne depuis quatre ans. J’ai passé un an à le faire un documentaire sur ceux qui dans notre société vivent de nos déchets et de nos restes. Puisqu’on est dans une société de gâchis, il y a des gens qui vivent de ce qu’ils trouvent dans les poubelles. Parmi ceux-là, j’ai rencontré des gens formidables, qui ont une vision de la société. Ils ne sont pas misérabilistes, mais simplement miséreux. Ils ont compris que devant un tel gaspillage, il faut en profiter en quelque sorte, tout en denonçant ce que cela veut dire. Je peux vous dire que ce film « les glaneurs » a circulé un peu partout en France et dans le monde entier. Il pose partout le même problème. Ce n’est pas celui de l’économie durable, du commerce équitable, c’est celui d’une société organisée autour du fric, « du plus gagné » une surproduction, une surconsommation, sur-déchets donc gâchis. Les combats sont à tous les niveaux. On peut essayer de freiner « l’esquintage » systématique des ressources naturelles. On peut faire un document sur les archis-pauvres d’Afrique du Sud, d’Inde ou d’Amérique du Sud. Ce qui m’a intéressée c’est dire « voilà, je vis en France, c’est un pays civilisé, "culturé", riche et il y a des gens qui vivent de nos poubelles ! » Cela a secoué plus d’un Français de voir ça.

ccas.fr : En France, on recycle beaucoup de choses comme le papier, le plastique, le verre. Peut-on recycler les gens ?

Agnès Varda : On ne recycle pas les exclus. Il y a une sorte d’allégorie dans le fait qu’ils deviennent « ceux que l’on met à la poubelle. » Ils n’ont pas besoin seulement de nourriture et d’argent, ils ont besoin de s’exprimer. Certains ont pu le faire dans mon film. Je me rendais compte à quel point la misère de partage existe. Chacun doit savoir qu’il est responsable de son voisin. Je crois beaucoup en l’engagement personnel. Par mon travail de cinéaste, je m’engage personnellement. Je suis une résistante !

 Stéphane Gravier

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La chronique de Patrick Gonzalez, festivalier de "Visions sociales", à propos du film d'Agnès Varda « Les glaneurs et la glaneuse »

Agnès Varda n’est plus intéressée à tourner des films de fiction. Ce qui la motive désormais, c’est de s’investir dans le documentaire où elle trouve une nouvelle source d’inspiration.
Avec une conscience aiguë de ce qu’elle filme, elle aborde des sujets qui ne sont pas seulement l’occasion pour elle de regarder le monde qui l’environne mais aussi une manière de réfléchir sur son métier de cinéaste.
En choisissant de parler du thème de la récupération via la vieille tradition du glanage, elle se donne l’occasion de s’interroger sur comment le représenter en images et pour cela s’auto-portraitrise dans le rôle d’une cinéaste impliquée dans son sujet sans pour autant se mettre en avant.
D’une grande sincérité, la démarche d’Agnès Varda compense une évidente absence de moyens. Mais surtout, elle lui donne une liberté de ton qui impulse à son film une rare profondeur. On peut effectivement voir « Les glaneurs et la glaneuse » comme une habile parabole sur le métier de documentariste dont la fonction est bien quelque part celle d’une récupération de la réalité.

Patrick GONZALEZ

 

 

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